Fouilles dans l'abri du Lagopède

Fouilles dans l'abri du Lagopède

Un projet, un gisement…

Arcy-sur-Cure en Bourgogne (Yonne) est de l’un des rares gisements du Bassin parisien ayant livré des occupations multistratifiées, couvrant une chronologie très vaste : du Paléolithique moyen au Paléolithique final (Leroi-Gourhan & Leroi-Gourhan, 1964 ; Mevel, 2013). La diversité des vestiges conservés (lithiques, faune, industries osseuses et restes anthropologiques), autant que la présence d’un art pariétal (Grande grotte et grotte du Cheval) offrent un contexte de recherche rare permettant l’application de véritables approches transdisciplinaires et diachroniques.

Un projet, un objectif majeur…

Les cavités d’Arcy-sur-Cure ont fait l’objet de fouilles sur plus d’un siècle. Le projet 2ARC a pour objectif de valoriser cette importante documentation de fouilles (publications depuis le 19e siècle et archives de 1946 à nos jours) via la constitution d’une documentation numérique de référence, dont la finalité est la mise à disposition d’un public élargi des métadonnées diffusables afin de permettre leur réutilisation et l’émergence de nouveaux usages connexes (ex : médiation scientifique, visées patrimoniales et touristiques). L’essentiel de la documentation que nous souhaitons traiter est actuellement dans les locaux de l’équipe Ethnologie préhistorique (UMR 7041, MAE).

Ces archives sont le fruit d’un long et patient travail, en grande part réalisé par l’association Cora (et notamment Jean-Claude Liger), Michel Girard (qui a travaillé à la constitution d’une bibliographie intégrale sur le site), mais aussi par le musée de l’Avallonais, et l’équipe Ethnologie préhistorique. Pour beaucoup inédits, ces documents d’archives constituent un véritable « trésor » qu’il reste à sauvegarder et à valoriser.

D’autres découvertes majeures restent encore à faire, et c’est aussi là l’un des  objectifs  du projet  2ARC qui se structure  autour d’un  travail d’enquête et de récolement des archives et des collections d’Arcy-sur-Cure dispersées en diverses institutions de France et à l’étranger (Suisse, Angleterre). On signalera ainsi une découverte inespérée à l’occasion d’une récente mission d’étude et de récolement des collections de la grotte du Trilobite au musée de l’Avallonais (avril 2015, financement projet AAP, Paris 1). A cette occasion, a été portée à notre connaissance l’existence de documents totalement inédits sur les fouilles conduites par Pierre Poulain, ancien conservateur du Musée d’Avallon, à la grotte du Trilobite1 et sur les recherches conduites par l’abbé Parat sur la grande grotte et sur le massif d’Arcy/Saint-Moré.

Dans le cadre de la première vague du Labex PP (2013-2015), nous avons pu bénéficier de la numérisation d’une grande partie des archives de fouilles d’André Leroi-Gourhan sur Arcy (de 1946 à 1963). En parallèle, et avec les financements de l’équipe Ethnologie préhistorique, de l’université de Paris 1 et des « crédits exceptionnels » de l’UMR ArScan, 8 films sur Arcy (films Leroi-Gourhan en 16mm N&B), conservés au service des archives de la MAE, ont été numérisés.

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Photo de Claire Artemyz

Dans la continuité logique de ce premier travail de numérisation des archives, le projet 2ARC a permis de poursuivre ce travail, en numérisant cette fois les négatifs de photos de l’ensemble des fouilles d’Arcy et la documentation de fouilles des grottes du Renne et du Bison. Il s’agit de deux gisements majeurs de l’archéologie française. On rappellera ainsi que la grotte du Renne (fouillé de 1949 à 1963) offre une des rares archéoséquences d’Europe apportant des éléments de discussion concrets sur l’extinction des Néandertaliens et l’expansion des Hommes Modernes ; ces derniers ayant progressivement occupé toute l’Europe au cours du Paléolithique supérieur. Concernant la grotte du Bison, fouillée de 1958 à 1963, puis de 1995 à nos jours, elle présente des témoins précieux (lithiques et osseux) d’occupations moustériennes datées d’il y a environ 50 000 ans (Girard et al. 1990 ; David et al. 2001 in L’Homme et al., 2005).

En parallèle de ce volet archivistique central qui viendra nourrir d’autres volets portant sur l’exploitation scientifique et la valorisation des données collectées auprès du grand public et de la communauté scientifique, nous travaillons, en collaboration avec le service SIDRA, à la création d'une base de données centralisant toute la documentation relative à Arcy y compris celles extérieures à la documentation de fouilles (articles de journaux, catalogues, rapports d’études, etc.). Nous travaillons actuellement à la structuration de ces informations, en précisant les métadonnées, étape indispensable pour, dans un deuxième temps, envisager les modalités de leur mise en ligne.

En définitive, dans le cadre des objectifs du Labex PP, notre projet 2ARC permet de porter un regard historiographique inédit sur l’évolution des méthodes de fouilles développées en France sur plus d’un siècle. Il offre, en ce sens, un cadre de réflexion des plus pertinents pour mesurer l’impact de la numérisation sur ces pratiques. Ces documents offrent l’occasion de faire le lien entre « passé, présent et futur » à Arcy, ne serait-ce que parce qu’il y a une continuité dans les enquêtes archéologiques menées sur ce  site prestigieux et unique ; ils sont aussi l’occasion de rendre hommage à tous les archéologues, spéléologues, professionnels ou amateurs qui ont fait vivre la recherche sur le massif depuis des décennies. Il faut aussi souligner le considérable travail d’historiographie déjà accompli par Philippe Soulier (CNRS) sur l’œuvre d’A. Leroi-Gourhan, la gestion du fonds Leroi-Gourhan avec le service des archives de la MAE, ainsi que le travail de compilation bibliographique effectué par Jean Mathivet et Michel Girard ; de son côté, Didier Hugot a dépouillé la presse locale (dont l’Yonne républicaine) pour scanner tous les articles concernant le site. Nous disposons désormais de l’ensemble de ce recollement et participons aussi à son enrichissement. Tous ces travaux constituent autant d’informations précieuses à notre disposition sur les grottes du massif d’Arcy/Saint-Moré. Pour autant, leur exploitation scientifique et en termes de médiation grand public reste des plus complexes, tant qu’un projet archivistique couplé d’un volet documentaire n’aura pas vu le jour afin de centraliser, de conserver et de valoriser cette documentation.

Texte écrit par N. Goutas, P. Bodu et L. Mevel